Rupestres !

Plongeon en images dans le monde des artistes préhistoriques, avec six auteurs de bande dessinée bien actuels.

En préhistoire, l’art pariétal désigne l’ensemble des œuvres (peintures, gravures, sculptures) réalisées par l’homme sur des parois de grottes ou d’abris-sous-roche. Cet art s’oppose à l’art mobilier, exécuté sur de petits objets (statuettes, gravures sur objets de la vie courante comme des propulseurs, des éléments de parure…). Certains chercheurs opposent l’art pariétal à l’art rupestre (1), ce-dernier étant exécuté sur des parois ou des rochers exposés à la lumière du jour.

L’art pariétal paléolithique, le plus connu, a une existence limitée dans le temps et l’espace. Il est apparu 35 000 ans environ avant le présent (2) et s’est étendu en grande majorité dans une zone située entre l’Aquitaine et les Asturies (Espagne) en passant par les Pyrénées, avant de disparaître il y a 10 000 ans BP (2) environ. Les similitudes sont frappantes entre les sites, preuve d’une culture commune ou, du moins, d’échanges entre les tribus de chasseurs-cueilleurs.

Radicalement différentes des œuvres exposées dans nos musées, peintes sur des toiles relativement modestes ou sculptées dans un atelier, les œuvres pariétales préhistoriques sont par essence inextricablement liées à leur support, quelles soient petites et discrètes (fines gravures ou ponctuations peintes) ou bien monumentales (grands panneaux ornés).

Cet art a longtemps été ignoré des historiens de l’art et des préhistoriens. Aujourd’hui, ceux-ci en font mention comme l’ancêtre de toutes les formes d’art, sans pour autant réussir à s’accorder sur son interprétation. Les hommes préhistoriques ont-ils peint les parois de grottes parce qu’ils trouvaient ça « beau », pour s’attirer la sympathie des esprits des bêtes qu’ils chassaient ou encore lors de rites chamaniques ? Nous n’avons pas (et nous n’aurons probablement jamais) la réponse. Mais cette question en suspend est peut-être la chance de faire rêver le public et de l’inciter à contempler ces œuvres.

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C’est en tout cas cette fascination qui a poussé six auteurs de bande dessinée et non des moindres (Étienne Davodeau, Emmanuel Guibert, Marc-Antoine Mathieu, David Prudhomme, Pascal Rabaté et Troubs surnommés respectivement Le Bison, L’Abbé, Le Chafouin, La Belette, Croma et L’Auroch) à s’enfoncer dans les profondeurs de plusieurs grottes ornées pour nous livrer un album étonnant : Rupestres !

En deux ans, ils découvriront ainsi les plus belles cavités du sud-ouest de la France : les Combarelles, Font-de-Gaume, Bara-Bahau, Lascaux II, Cougnac, Niaux, Commarque, Rouffignac, Pech-Merle et Bernifal. J’avoue ma jalousie en écrivant ces lignes ! En passant, mentionnons qu’ils ont rencontré les membres de l’association Lithos Périgord, dont Pascal Raux, qui m’ont fait découvrir les magnifiques chevaux ponctués de Pech-Merle (entre autres) avec la passion qui les caractérise.

L’équipe, surnommée le réseau Clastres, du nom d’une galerie de la grotte de Niaux

De ces nombreuses visites, les auteurs nous livrent leurs impressions brutes, sombres, muettes mais aussi drôles, bavardes et colorées (voir quelques exemples de planches). Les traits s’entremêlent à l’image de ceux de leurs homologues du paléolithique. A tout moment, on perçoit la crainte et le respect que les auteurs ont ressenti en s’aventurant dans ces espaces figés dans le temps. A tel point qu’ils en ont même l’impression de croiser un homme préhistorique égaré au détour d’un rocher.

Il en ressort un album fort, unique qui a le mérite de ne pas tenter d’interpréter les œuvres préhistoriques mais qui se place modestement en observateur voire même en complice.

Références : Rupestres ! collectif, Futuropolis, 210 p., 25 €

Notes :

  1. Les auteurs anglais nomment l’art pariétal cave art et l’art rupestre rock art.
  2. L’expression « avant le présent » ou before present (BP) est utilisée en préhistoire pour désigner les âges, en années comptées à partir de l’année 1950, date de référence fixée arbitrairement correspondant aux premiers essais de datation au carbone 14.

Pour aller plus loin : l’émission La Grande Table, sur France Culture dédiée à cette aventure

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Prix littéraire grâce à deux squelettes !

Je l’indiquais dans mon précédent billet : j’ai récemment participé à un concours littéraire lancé par le muséum et la bibliothèque de Toulouse. En voici les résultats :

Premier prix : Les dames de Théviec de Sylvie Castéra Saglier
Deuxième prix : Les fugueuses de Marion Sabourdy
Prix spécial : Les sœurs oubliées de Pierre F. Jaouen
Prix des internautes : Au pied du tertre des ancêtres de Ludovic Ferry (39,5% des 344 votes)

>> Les nouvelles lauréates sont accessibles ici avant leur prochaine mise en ligne au format e-book.

Les deux squelettes dont il fallait conter l’histoire (Jeki et Alio dans ma nouvelle)

Un peu plus d’une semaine après l’annonce des résultats, je suis encore sur mon petit nuage ! J’étais assez loin d’imaginer atteindre ce résultat, surtout quand j’ai su que 53 personnes ont participé à ce concours.

Comme je l’ai indiqué en commentaire du billet annonçant les résultats, je souhaite remercier les membres du jury (1) dont la décision m’encourage fortement à poursuivre dans ce domaine (on se croirait à Cannes ^^). Ce concours est mon premier, et ne sera sûrement pas le dernier !

Bravo à l’ensemble des participants (les textes accessibles sont tous plus étonnants et intéressants les uns que les autres) et mention spéciale à l’équipe du Muséum qui a bossé dur pour organiser ce concours et nous tenir en haleine via les réseaux sociaux.

J’ai adoré l’ambiance de ce concours, mélange de respect entre auteurs et de compétition sympathique (sans parler du thème, qui me tient vraiment à cœur, comme beaucoup d’entre vous). Non contente de m’être exercée à l’écriture, j’ai également rencontré des auteurs charmants et passionnés comme Mathilde et Frédéric, via le profil Facebook « Paroles de squelettes ».

Les membres du Jury en pleine délibération

Malheureusement, le plaisir est entaché par le fait que je ne pourrai pas être présente à Toulouse pour la remise des prix… Je tiens à m’excuser auprès du jury, des membres du Muséum et de toutes les personnes présentes le 25. En espérant pouvoir discuter avec vous et vous lire dans le futur…

Et le programme pour ceux qui souhaitent assister à la remise des prix, le 25 juin de 10h30 à 12h au Muséum de Toulouse, au restaurant le Moai (attention, il faut réserver) :

10h30 : Accueil autour d’un café et distribution des entrées au Muséum
11h00 : Discours du Directeur du Muséum et présentation du jury, remise des prix, lecture de la nouvelle qui a reçue le premier prix et rencontre avec les membres du jury.

Notes

(1) Le jury était constitué des auteurs Mouloud Akkouche et Frédérique Martin, des éditions Privat, du libraire Bibliosurf, d’un représentant du Centre Régional du Livre, de la préhistorienne Cristina San Juan-Foucher (commissaire scientifique de l’exposition préhistoires), d’un membre des Éditions du Muséum de Toulouse, d’un membre des médiathèques du Muséum et d’un membre de la médiathèque José Cabanis (Intermezzo)

>> Illustrations : Muséum de Toulouse (voir le profil Flickr)

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Votez pour votre pré-histoire préférée

Un petit billet en passant pour vous parler d’un concours qui me tient à cœur.  Le Muséum et la Bibliothèque de Toulouse organisent en ce moment-même un concours littéraire autour de l’exposition « Préhistoire[s], l’enquête ».

Le but : écrire une nouvelle (pas plus de 15 000 signes pour la catégorie adulte) relatant, sous forme de fiction, la vie de deux femmes inhumées il y a 7 500 ans dans une sépulture de Téviec (Bretagne) et dont les squelettes sont présentés au Muséum (voir le règlement du concours). Quand on sait que ces deux jeunes femmes sont mortes de manière violente (leurs crânes présentent des traces de coups), il n’en faut pas plus pour exciter les imaginations.

Je n’ai malheureusement pas (encore) eu l’occasion de visiter cette exposition, mais le thème du concours était vraiment trop alléchant pour que je le laisse de côté. J’ai donc envoyé ma nouvelle il y a deux semaines et j’attends les délibérations avec un peu de stress. C’est mon tout premier concours !

Ce matin, une première sélection du jury a été mise en ligne. Il s’agit des 10 nouvelles en concurrence pour le prix des internautes. Et la mienne n’y figure pas. De deux choses l’une : soit elle n’a pas été appréciée, soit je fais partie du trio de tête désigné par le jury mais encore gardé secret. Un coup à attraper un ulcère ;-)

J’écris donc ce billet de blog pour vous inciter à lire ces 10 nouvelles et à voter pour votre préférée. Mathilde, une des sélectionnés avec « Les honorées de Komohi » (mais aussi bloggueuse et membre de Knowtex) le résume bien : « derrière chaque nouvelle, il y a un auteur qui a sué sang et eau de nombreuses heures avant de présenter son bébé pour qu’il soit ensuite soumis à la dure loi du vote, sans aucune prise dessus ! ».

Au-delà de l’intérêt personnel d’écrire une nouvelle sur un sujet plaisant, je découvre des personnes et une ambiance intéressantes, mélange de respect entre auteurs et de compétition sympathique. C’est également l’occasion d’apprécier le travail de médiation de l’équipe du Muséum de Toulouse, qui anime le profil Facebook « Paroles de squelettes » avec à l’honneur nos deux jeunes héroïnes. (Bravo Maud).

Alors patience jusqu’au 7 juin, jour de l’annonce des différents prix !

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L’Odorat des rats : le making-of

« Un rat est observé par une jeune chercheuse, elle-même épiée par un directeur scientifique. Une histoire d’odeurs et d’attirances en laboratoire … ». Tel est le résumé de la série de planches ci-dessous, reflet d’une collaboration plutôt inattendue. Making-of.

Cliquez sur l’image pour voir la bande-dessinée sur le site Manolosanctis.

21 février dernier. Après m’être perdue en voiture, je débarque à Jouy-en-Josas (Ile-de-France), dans un des plus gros centres INRA (Institut nationale de recherche agronomique) du pays. Le cadre est plutôt agréable, malgré l’isolement.

Je suis présente ici en tant que membre de l’Association des journalistes scientifiques de la presse d’information (AJSPI), dans le cadre d’un échange chercheurs / journalistes. Ces échanges, entièrement financés par l’AJSPI, permettent à des journalistes d’effectuer un stage d’observation d’une semaine dans un laboratoire.

Mon contact à l’INRA est Roland Salesse, longtemps directeur du laboratoire NOeMI (Neurobiologie de l’olfaction et modélisation en imagerie), aujourd’hui plutôt porté sur des projets de culture scientifique. Pendant mon séjour, il sera mon guide et référent. Très ouvert et passionné par le journalisme, il obtiendra pour moi de nombreux rendez-vous avec le personnel d’autres laboratoires.

La recherche en train de se faire

Pendant quelques jours, j’ai ainsi eu la chance de côtoyer des techniciens, ingénieurs et chercheurs de l’INRA, près de leur paillasse, de leur ordinateur… ou de leur plateau de self. Marie-Annick, Régine, Julien, Sophie, Christine, Olivier, Aurélie et d’autres m’ont raconté leur parcours, leur quotidien dans le bâtiment 440, leurs projets…

En les écoutant parler, je noircit des pages et des pages de mon ordinateur portable. Le dernier soir, de retour chez moi, je me sens à la fois ravie et déçue. Ravie d’avoir découvert un monde que ma licence de biologie ne m’avait fait qu’entrevoir. Déçue de voir que cette expérience allait se résumer à un compte-rendu perdu au fin fond de mon ordinateur.

Une suggestion de Nicolas plus tard, je propose alors à Benoît Crouzet, directeur artistique d’Umaps, de m’aider à mettre en valeur ces rencontres. J’avais déjà eu un aperçu du « bonhomme » lorsque je lui ai « tiré le portrait ». J’ai également la chance de le côtoyer régulièrement. Il n’en fallait pas plus pour lancer un petit projet de BD.

Du texte… à la BD

C’est alors que le travail de scénarisation commence… Une première pour moi, mais pas pour Benoît, habitué de cette manière de fonctionner typique de la bande-dessinée et du cinéma, mais très éloignée du journalisme. Lors d’une première entrevue, Benoît me demande de résumer mon stage, d’en définir les points clés et de tenter une première « mise en scène ». Le travail en duo est plaisant, en tout cas plus riche que l’écriture solitaire d’un article.

Sur un grand tableau blanc Benoît lance les idées et les premiers croquis. Le brainstorming alterne entre explications scientifiques, impressions ressenties sur mon stage et propositions d’enchainement de cases et de plans. Une fois les grandes lignes tracées, c’est au tour de Benoît de se lancer, seul cette fois, crayon et feuille A3 en mains. Il passera environ six jours sur ces trois planches, entre le dessin, la numérisation et la colorisation sur ordinateur.

Quelques aller-retours seront nécessaires pour peaufiner les textes avant la publication sur Manolosanctis, le site d’une maison d’édition participative spécialisée dans la bande dessinée. Finalement, entre propositions farfelues et envolées trop sérieuses, nous avons décidé d’arrêter notre choix sur une série de trois planches qui décrivent la vie de laboratoire et les recherches menées à NOeMI. Les noms sont changés et les textes allégés afin de ne pas alourdir la BD… Qu’en pensez-vous ? Laissez vos impressions en commentaire.

>> Tous mes remerciements à l’équipe de NOEMI et spécialement à Roland Salesse
>> Pour aller plus loin : « Comment perçoit-on les goûts et les odeurs des aliments ?«
>> Article initialement publié sur le Knowtex Blog

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Prodigieuses créatures et frêles jeunes femmes

En 1810, Elizabeth, Margaret et Louise Philpot, toutes les trois « vieilles filles » désargentées, sont contraintes de quitter Londres et la demeure familiale après le mariage de leur frère. Elles s’installent à Lyme Regis, une petite ville de la côte anglaise du Dorset. Passionnée par les poissons fossiles, Miss Elizabeth y fait la connaissance de la jeune Mary Anning, une chasseuse de fossiles particulièrement douée. Après la découverte d’un spécimen inconnu, leur passion commune va prendre une nouvelle dimension… (1)

La couverture de la version anglaise du livre

Mêler fossiles, paléontologie et condition féminine au début du XIXe siècle : c’est le pari – risqué mais réussi – de Tracy Chevalier dans son dernier roman « Prodigieuses créatures ». L’auteur de « La Jeune Fille à la perle » nous offre ici un récit brillamment mené, que j’ai dévoré en moins d’une semaine.

J’ai d’autant plus apprécié ce roman qu’il s’inspire de faits réels : la vie de Mary Anning, collectionneuse de fossiles et paléontologue anglaise et celle d’Elizabeth Philpot, son amie et « mentor », dont j’ignorais l’existence. L’auteur suit leurs longues « chasses » sur les plages froides et ventées de Lyme Regis, les gants des femmes déchirés et leurs mains abîmées par les rochers et souillées par la glaise.

Image de prévisualisation YouTube

Après avoir trouvé nombre de « curios », comme elle les appelle (vertèbres, griffes du diable, serpents de Ste Hilda, bézoards, éclairs, lys de mer qui s’avèreront être d’innocents fossiles tels les ammonites ou bélemnites), Mary découvrira un fossile singulier, qu’elle prendra d’abord pour un énorme crocodile. On apprend que la jeune femme indomptable découvrira successivement plusieurs ichtyosaures (ses « crocos »), des plésiosaures (surnommés « tortues »), le premier ptérodactyle complet de Grande-Bretagne et Squaloraia, un animal de transition entre les requins et les raies.

Elle sera citée dans plusieurs publications, dont une du paléontologue français Georges Cuvier et une autre de l’anglais William Buckland (qu’on retrouve dans le récit). Certains des « monstres » de la jeune fille sont toujours exposés au Muséum national d’histoire naturelle à Londres et à la Galerie paléontologique du Muséum national d’histoire naturelle à Paris.

L’auteur dévoile ici avec brio des qualités indéniables de recherche historiques (et donne envie à la journaliste que je suis de me reconvertir ^^). Elle complète d’ailleurs son livre en publiant quelques résumés de recherches sur son site internet.

Image de prévisualisation YouTube

J’ai particulièrement été sensible aux descriptions de l’émoi provoqué par ces découvertes de fossiles sur les habitants de Lyme Regis, fervent croyants ou simples superstitieux.

La condition féminine est également un élément central du récit. J’ai été assez estomaquée de voir la soumission des femmes, à leur mari ou leur rang. Mary, malgré ses connaissances empiriques des fossiles et de leur dégagement, sera longtemps considérée comme une simple « guide touristique » par les géologues de Londres. Elizabeth, femme du monde et érudite, n’aura même pas le droit de pénétrer dans un salon de la Geological Society. Ni elle ni Mary ne se marieront, sans doute à cause de leur esprit libre et curieux, très éloigné de ce qu’on attendait des femmes à l’époque.

« Prodigieuses créatures » est l’histoire d’une belle amitié entre deux femmes d’âge et de conditions différentes qui unies par une passion commune, braveront ainsi les préjugés et les interdits de leur époque. Avec beaucoup de finesse dans l’écriture, avec une grande tendresse pour ses personnages […] Tracy Chevalier nous offre encore ici un très beau roman (1).

Références : Prodigieuses créatures, Tracy Chevalier, paru en mai 2010 aux éditions Quai Voltaire, 384 pages, 23 €

  1. Par manque de temps, j’ai effectué quelques recherches parmi les critiques de livre qui ont déjà été publiées. J’ai découvert un article du blog « Carnet de lectures » qui résume mes impressions après la lecture du roman. J’en reproduis ici deux paragraphes (avec de légères modifications).
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Considérations sur la prétendue disparition des macrosauriens

Chute d’une météorite géante ou activité volcanique frénétique : telles sont les causes invoquées pour expliquer la disparition des dinosaures. Non, non, trois fois non, les scientifiques n’y sont pas du tout ! Plongez-vous plutôt dans le livre « Les derniers dinosaures » (1) pour enfin découvrir la vérité !

Et bien oui, jusqu’ici, tous les paléontologues et géologues se sont lourdement trompés. C’est Basile Hannibal Lecoq (BHL pour les intimes ^^), de l’Association Francophile de Paléontologie qui nous l’apprend avec aplomb, s’entourant de multiples citations littéraires (« Words, words, words » de Shakespeare), bibliques (« Vox clamantis in deserto », St. Mat. III. 3) ou scientifiques compliquées (animaux poïkilothermes).

Il est absolument sûr de lui : il a trouvé la réponse à ce mystère dans un manuscrit de la lointaine bibliothèque de Bichkek intitulé « Memorandum sur les macrosauriens et leur mode de vie » par l’obscur Marichk Donatienkov.

Ce-dernier l’a écrit après avoir étudié « quelque 360 crânes, 2000 vertèbres cervicales et 423 207 écailles ou squames de macrosauriens de toutes tailles : megalus saurianus imperator, mediosaurianus vulgaris, nanosaurianus invisibilis » (notons en passant que le « prestigieux » savant en a oublié les majuscules sur les noms de genre – sans doute l’émotion de la découverte).

Généreux, BHL partage sa trouvaille avec le lecteur. Les quelques os découverts par Donatienkov lui ont permis de dresser un panorama de la vie de nos « ancêtres » sauriens. Loin des clichés belliqueux à la Jurassic Park, ils étaient des « créatures plus soucieuses d’« éros » et d’« agapê » que préoccupées d’en imposer à leurs congénères ». Ces gros lézards avaient des mœurs tout à fait plaisantes : « périodes dédiées à l’étude, à l’amour ou au jeu (…) courses d’orientation ou exercices d’équilibre (…) jeux de main et de hasard (…) cueillette des pommes de séquoias géants »… On apprend même, non sans étonnement, que les macrosauriens étaient… tous végétariens, mélomanes et tendres avec leurs enfants et leurs « créatures âgées ». Une vision plutôt poétique ! Donatienkov se risque même à des considérations aussi farfelues qu’inébranlables sur la durée des jours à cette période : « des journées de plus de mille heures pouvaient être suivies de jours de quelques secondes ». Jusqu’au jour où un petit saurien trop curieux et gourmand précipite ses congénères dans la Chute…

Vous l’aurez compris, ce « pastiche de livre scientifique du XIXème siècle » est un vrai bonheur à lire ou simplement à parcourir. A chaque page, on admire l’élégance du style de l’auteur, Didier de Calan, qui sait mélanger brillamment les sciences avec l’humour et la rêverie. Mais ce texte serait incomplet sans les illustrations touchantes de Donatien Mary (2), des gravures sur bois d’un style rond et enfantin, simplement colorées de noir, de jaune, ou d’un bleu-vert du plus bel effet. Ses dinosaures arborent des yeux globuleux mais des traits joliment épurés et anthropomorphiques.

A première vue, on pourrait croire que cet ouvrage s’adresse seulement aux enfants. En effet, il effleure des notions de sciences en les parant d’éléments poétiques, comme aurait pu le faire un Jules Verne égaré dans un cabinet de curiosités. Mais je préfère le conseiller d’abord aux parents, qui pourront ajuster le message sur deux points (3).

D’abord, ces pauvres Basile Hannibal et Marichk Donatienkov sont plus des illuminés que des scientifiques du XIXème. Par leur manque de jugeote et leur ego surdimensionné, ils empruntent plutôt aux cranks. Selon l’archéologue Jean-Loïc Le Quellec, les cranks sont « des chercheurs isolés persuadés d’avoir fait une découverte susceptible de remettre en cause des connaissances acquises dans un domaine, qui se démènent comme des diables pour la faire reconnaître mais dont les prétentions ne rencontrent qu’un silence poli, et qui en concluent aussitôt qu’ils sont victimes d’une cabale institutionnelle visant à étouffer des recherches allant trop loin dans la remise en cause des « dogmes officiels » » (4). Bref, pas vraiment le chercheur lambda.

Ensuite, et c’est un avis strictement personnel, les références à la Bible sont un peu trop présentes à mon goût. OK quand il s’agit de parler au nom d’un scientifique du XIXème, mais pas quand elles empiètent sur l’intrigue. Messieurs les auteurs, ces sympathiques macrosauriens si justement décrits et dessinés valent bien mieux !

>> Merci à @Enroweb pour m’avoir fait découvrir ce livre savoureux

Note :

  1. Les derniers dinosaures, éditions 2024. 64 pages en trichromie, format 25 x 34,5 cm, 24,50 euros
  2. Donatien Mary a été sélectionné au concours « Jeunes Talents » du festival d’Angoulême et participe à la nouvelle formule de la revue Lapin (L’Association)
  3. Tout en gardant en tête qu’il s’agit de rêver, et pas de réciter sa dernière leçon de géologie bien sûr
  4. Citation extraite du magazine « Science… et pseudo-sciences » n°294 (janvier-mars 2011) de l’AFIS

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Hoshikaze 2250 : une communauté de création de SF #3

La journée d’étude Science et science-fiction a réservé une place aux amateurs éclairés de SF en la personne de Benoît Robin, auteur et membre de la communauté de création Hoshikaze 2250.

Hoshikaze 2250 : Quézako ? Sur le petit papier distribué par Benoît Robin on peut lire « Univers Space-Opéra avec éléments Hard-Science et Cyberpunk. Développement coopératif sur internet ». Hum hum… Ça ne nous avance pas beaucoup. L’auteur explique : « une communauté de création est un ensemble d’individus agissant de concert dans le but de développer un ensemble structuré de contenus sur un thème commun ». En bref, une « création collective d’univers ».

Selon Benoît Robin, les communautés de création prennent très souvent forme dans les universités et grandes écoles, en lien avec les communautés technophiles (geeks et monde de l’open source).

Dans le cas d’Hoshikaze, le projet est parti d’un jeu de rôle à Centrale Lyon avec des auteurs, dessinateurs, « rôlistes »… Petit à petit, la communauté a grossi et le besoin de se structurer en association a émergé. Cela a permis de former un « groupe et une identité pérenne, avec un fort sentiment d’appartenance des individus et une appropriation individuelle et collective des contenus » : une encyclopédie, un recueil de nouvelles annuel, des jeux de rôle « vivez l’an 2250 », un forum, un blog et un jeu vidéo « Stars of Call »…

L’auteur ne cache pas que la création du site internet a permis de renforcer la communauté et de désinhiber certains membres face à l’acte de création. Pendant sa présentation, il lance quelques pistes de réflexion : Quel est l’avenir de ces communautés en-dehors des créatifs et des ingénieurs ? Ces processus de création peuvent-ils intégrer la production culturelle ? Le web 2.0 (et les suivants) ne sont-ils pas des communautés de création qui s’ignorent ? Pour Benoît, cela ne fait aucun doute : ces outils permettent une « réappropriation de la science par le grand public » et amènent les jeunes à la science. Le but d’Hoshikaze est maintenant de « maintenir l’implication de ses membres sur le long terme et assurer son bon fonctionnement dans le monde réel ». Communauté à suivre.

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Le point de vue de Jean-Claude Mézières #2

Le dessinateur de la bande dessinée « Valérian et Laureline » était présent ce jeudi 9 décembre à la Cité des sciences pour évoquer son expérience.

Avant de dessiner le duo aventurier, Jean-Claude Mézière « a donné dans le western et l’illustration ». Son saut dans la science-fiction s’est fait au milieu des années 1960 grâce au magazine Pilote. « A l’époque, il n’y avait pas encore de SF grand public, se souvient l’auteur, seulement des revues marginales. Il existait certaines BD, comme Black et Mortimer mais qui ne se revendiquaient pas clairement comme de la SF. Dans « Valérian et Laureline », on y plonge dès la première page ».

La saga Valérian et Laureline

S’ensuit la (longue) période Valérian, avec le scénariste Pierre Christin et le succès que l’on sait – enfin, que je ne soupçonnais pas jusqu’ici. Jean-Claude recevra notamment le Grand Prix de la ville d’Angoulême en 1984.

« Mes lectures depuis mes 15 ans – notamment les petites nouvelles de SF – m’ont baigné d’images et apporté un terreau pour ma création, explique Jean-Claude Mézières, le challenge a été d’ajouter un zeste de politique et surtout de dessiner une cité du futur alors que je n’avais rien à me mettre sous la dent comme documentation ». Pour contrer cette difficulté, les co-auteurs ont décidé d’évoquer le Moyen-âge dans les premiers volumes, « pour gagner du temps avant d’oser se lancer, suite à de nombreux encouragements ». Plus tard, « on a fait apparaître l’héroïne, Laureline, qui n’est pas une bimbo emmerdeuse contrairement à certaines héroïnes de BD ». En 45 ans, la série innovera régulièrement, « en 1972 on a parlé d’écologie avec quasiment le même scénario que le récent film Avatar ». « Rare œuvre de SF qui a largement dépassé le cadre des amateurs », Valérian est une BD que les parents font découvrir à leurs enfants. Mieux, « il existe près de 2000 jeunes filles prénommées Laureline en France » grâce à la BD.

Les taxis du Cinquième Élément

Plus tard, le dessinateur est appelé par le réalisateur Luc Besson pour collaborer au projet de film Le Cinquième Élément. « C’était une expérience très complète et agréable, contrairement à ma précédente participation à l’adaptation du roman des frères Strougatski « Il est difficile d’être un dieu ».

Jean-Claude raconte avec malice sa création de son New-York « futuristique » avec les immeubles et les fameux taxis volants, déjà présents dans l’épisode « Les cercles du pouvoir » de la série Valérian (merci @FabienNicolas). « A l’origine, le héros du film devait s’appeller Zakman Blairos et être un ouvrier d’une usine de fusée, livre-t-il, mais suite à mes propositions, Luc Besson a décidé de le transformer en Corben Dallas, chauffeur de taxi ».

Un frenchy a Hollywood – ou presque

Si la collaboration entre le réalisateur et le dessinateur s’est bien passée, on décèle vite à son ton désabusé que ça ne fut pas toujours le cas. « On retrouve des scènes des premiers albums de Valérian avec quasiment le même cadrage et la même mise en scène dans certains films américains, notamment Star Wars, sans que Georges Lucas ne m’ait contacté » déplore l’auteur. Une discussion avec @FabienNicolas, passionné de SF m’apprend d’ailleurs que nombre des « canons » de la SF américaine viennent de l’œuvre du « frenchie » Mézières. Cocorico !

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Science + ou – fiction ? #1

Comme vous l’avez peut-être vu à travers mes tweets du jeudi 9 décembre, j’ai eu l’occasion d’assister à une partie de la journée d’étude « Science et science-fiction : un « vortex » entre imaginaire et réalité ? ». Elle se tenait en parallèle de l’exposition « Science (et) fiction : aventures croisées » à la Cité des sciences créée en partenariat avec la Bibliothèque nationale de France.

Suite à vos demandes (1), je vous livre ici en plusieurs billets un compte-rendu succinct de la matinée, à partir des notes que j’ai pu glaner et des échanges que j’ai eu sur Twitter. Excusez d’avance le caractère incomplet et sans doute naïf de ce que vous allez lire (vos compléments sont les bienvenus).

Prévue à 9h, la journée n’a débuté qu’une heure plus tard en raison du retard de certains intervenants, bloqués par les intempéries. Le public, une cinquantaine de personnes, était en majorité féminin (contrairement aux intervenants du matin) et semblait être composé en grande partie de bibliothécaires. Cette journée étant organisée par le Centre national de la littérature pour la jeunesse et la Bibliothèque des sciences et de l’industrie (BSI) (2), ceci explique sans doute cela.

La science-fiction pour les nuls

En guise d’apéritif, Bruno Jammes, le directeur adjoint de la BSI nous offre un large panorama de la science-fiction (SF). Il se demande d’abord comment définir « ce genre narratif qui suscite des usages extrêmes ». Il se livre à une petite comparaison des définitions sur le Larousse, Wikipédia – « la définition la plus large et la plus intéressante du domaine » et le Petit Robert. Ces définitions varient au cours des années et font intervenir « l’imagination scientifique et le temps futur » en 1973 puis « le scientifiquement possible dans l’imaginaire romanesque » en 1993. Si les dictionnaires et encyclopédies sont indécis, c’est aussi le cas des auteurs de SF eux-mêmes. Isaac Asimov la définit comme une « branche de la littérature qui se soucie des réponses de l’être humain aux progrès de la science », John W. Campbell comme des « rêves mis par l’écrit » et René Barjavel ne se mouille pas trop en affirmant que « ce n’est pas un genre littéraire, c’est tous les genres ».

Des genres variés mais des éléments récurrents

Selon Bruno Jammes, la SF fait intervenir des genres narratifs variés : la littérature avec les romans, les sagas (suites de romans) ou les nouvelles comme celle d’Arthur Clark (2001), les œuvres graphiques (BD, mangas), les films et séries TV telles Star Trek ou Battlestar Galactica – « fondamentales dans cette culture » et enfin (mais la liste n’est pas exhaustive), les jeux vidéo.

Une grande variété donc, mais des éléments récurrents : l’importance du temps. « Il ne s’agit pas toujours du futur ; souvenez-vous du début de Star Wars, qui évoque une époque très lointaine ». Un récit de SF peut également se situer dans un « autre-temps, un temps différent où les choses ne se sont pas passées de la même manière » et on parle alors d’uchronie. Le thème du voyage dans le temps l’illustre bien (récit d’Anderson), tout comme les romans de Philip K. Dick (seconde guerre mondiale).

Citons en vrac les autres éléments du récit canonique de SF : l’espace et sa conquête, les moyens de transport « qui caractérisent l’œuvre de Jules Verne », l’extraterrestre « différent, bizarre, agressif ou gentil », l’intelligence artificielle & les robots, les mutants & l’homme transformé, les univers parallèles, le cataclysme, la dialectique réel / virtuel voire même le développement durable.

« La SF n’est pas un genre littéraire, c’est tous les genres »

Thèmes semblables mais genres différents. La SF se scinde en space opera ou « grande chronique de l’espace » comme le Cycle de la fondation d’Asimov, la hard science-fiction, qui « s’appuie sur des concepts scientifiques et technologiques et a vu le jour aux États-Unis entre les deux guerres » et plus récemment le cyberpunk « qui se passe dans un monde délabré ». Chaque genre a bien entendu donné naissance à de nombreuses ramifications et la SF va même parfois piocher jusque dans le merveilleux des contes de fées ou le fantastique : « la Force dans Star Wars est typiquement un élément du genre fantasy ».

Toujours dans la logique de nous donner quelques clés générales, Bruno Jammes nous situe dans le temps : après quelques « faux précurseurs » (dont je n’ai pas eu le temps de relever les nom), les vrais papas de la SF sont les européens Jules Verne et H.G. Wells (La machine à remonter le temps, La guerre des mondes). La SF fait ensuite un tour par les États-Unis entre 1914 et 1940 (âge d’or de la littérature et du cinéma) puis la thématique s’élargit jusqu’à 1969, les autres pays s’en emparent. C’est également l’irruption des sciences humaines avec leurs nouvelles problématiques (totalitarisme, utopie, place et rôle des femmes…). Depuis 1970, nous sommes entrés dans une « nouvelle science-fiction » influencée par les mondes virtuels, mais des emprunts aux mouvements précédents sont possibles.

Du western au grand public

Le directeur adjoint de la BSI poursuit sa revue historique en montrant que la SF est un genre narratif influencé par le western à ses débuts (conquête de l’ouest ou des galaxies, même combat !) et en permanence par la société dans laquelle vivent les auteurs.

Pour terminer, il évoque les lecteurs de SF, historiquement des hommes, amateurs passionnés voire « frapadingues », qui lancent des fanzines ou développent des sites internet sur leur passion.

Mais petit à petit, cela change avec l’arrivée de la SF chez le « grand public » et la prise en main de la création par des femmes qui revendiquent une littérature féminine. Au détour d’un tweet, @FabienNicolas me glisse le nom de Le Guin, « auteure majeure s’il en est. Ah ! La main gauche de la nuit ! ».

Suite de la conférence ces prochains jours…

Notes :

  1. Pour ne pas les citer : @laviedesmutants, @cvaufrey, @jibhaine, @jphgirard, @pascorporate, @anhtuann & @schaptal (ceux qui m’ont indiqué des éléments apparaitront dans le corps des articles)
  2. Je tiens à remercier Francine Lesaint, directrice de la Bibliothèque des sciences et de l’industrie qui m’a invitée à cette journée

>> Pour aller plus loin (thèmes de la journée non traités ici) :

  • Science-fiction et anticipation de soi, par Benoît Virole, psychologue
  • Comment la SF interpelle-t-elle la science aujourd’hui ? par l’incontournable Roland Lehoucq, astrophysicien au CEA
  • Faire de la science avec de la SF, avec Évelyne Hiard, commissaire de l’expo Sciences (et) fiction et Marie Masson, déléguée au festival « Les Utopiales » à Nantes
  • Le point de vue d’un auteur, avec Pierre Christin.
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